lundi 5 juillet 2021

Rencontre avec Victor Dixen - partie 1 : présentation & discussion

Victor / 25 juin 2021 / Chapelle des carmélites
Il a gentiment accepté de poser pour moi :)
Victor Dixen
est un auteur français, né en 1979, d'un père Danois et d'une mère française. Il a beaucoup voyagé lors de son enfance et il a continué une fois adulte. Il a vécu dans plusieurs villes à travers le monde dont 
Dublin, Singapour, Paris, New-York pendant 5 ans et il s'est installé depuis peu à Washington.

Il nous dit : "Le métier d’écrivain est très nomade, il suffit d’une bonne connexion internet."

Les voyages et les rencontres viennent nourrir son inspiration. Il déclare : "Je fais complétement abstraction du lieu où je vis lorsque j’écris, je me projette complètement dans l’histoire. C’est plutôt dans un deuxième temps, en fait, pour des romans futurs, une fois que j’ai déménagé ailleurs que mes souvenirs d’un lieu vont nourrir l’écriture. Par exemple, dans ma première série Le Cas Jack Spark, je l’ai écrite plusieurs années après être revenu du Colorado, qui était ma première expatriation. Tous les souvenirs des montagnes rocheuses, de Denver me sont revenus et c’est là que j’ai placé mon roman."


Le 25 juin dernier, dans le cadre du Festival Le Marathon des Mots à Toulouse, j'ai pu assister à deux rencontres avec M. Victor Dixen, le matin à la librairie Privat et en fin de journée à la Chapelle des Carmélites. Des rencontres très intéressantes durant lesquelles Victor Dixen nous a parlé de ses romans, ce qui l'inspire, sa façon de travailler... J'ai donc décidé de partager tout ça avec vous.

Victor Dixen est l'auteur de plusieurs sagas : Le Cas Jack Spark, Animale, Phobos et Vampyria. Il a également écrit deux one-shots : Cogito et Extincta. Il a également écrit 3 nouvelles pour le magazine Je bouquine, il aime assez le format court qui sont des respirations pour lui.

Victor a reçu plusieurs prix pour ses romans dont 2 Grand Prix de l'Imaginaire (Été mutant en 2010 et La malédiction de boucle d'or en 2014), Prix chimères (Phobos en 2016), Prix imaginales des lycées (Cogito en 2020)...

Tout ce qui est entre guillemets sont les paroles de Victor que j'ai retranscrit pour l'article. J'ai volontairement préféré citer ses propos plutôt que de paraphraser pour ne pas les dénaturer ou les interpréter. J'ai seulement assemblé certaines parties avec d'autres pour que ce soit cohérent.

Victor et la fiction


"Je dévore les histoires depuis tout petit, j’ai toujours envie qu’on m’en raconte et d’en lire. C’est vraiment ça qui me motive, et les personnages dans les romans. J'aime bien sortir de ma peau et devenir un autre, c’est pour ça que j’écris. Ça me permet d’apprendre des choses, d’aborder des sujets, de me documenter et de restituer ensuite."

"L’histoire c’est ce qu’il y a de plus important pour moi, quel que soit les sujets abordés."

Avez-vous réussi à capter le fonctionnement de votre inspiration ?

 

"A vrai dire il y a toujours une part mystérieuse dans l’inspiration et l’écriture. Pour la science-fiction, c’est vraiment de manière assez consciente, des questions d’actualité qui m’interpellent et qui m’empêchent de dormir de manière réelle. Je dors peu alors j’essaie de préserver les quelques heures de sommeil qu’il me reste en exorcisant ces démons. La partie fantasy avec Vampyria, vient souvent de rêves, de désirs de création d’ambiance."

Souvenir masqué à la Librairie Privat


L’écriture

 
"J’ai tendance à beaucoup retravailler mon manuscrit, de manière même obsessionnelle, jusqu’à la parution et la remise du bon à tirer à l’éditeur. Mais une fois que c’est publié, une fois que le texte est figé, et bien voilà c’est comme ça qu’il existe, c’est comme ça qu’il est porté à la lecture du public et je ne reviens pas dessus.
Quand j’écris de la fantasy ou même de la science-fiction, la vraisemblance est très importante pour moi. J’ai vraiment envie que le lecteur y croie le temps de la lecture. Cela s’appuie sur des recherches, souvent techniques quand j’écris de la science-fiction et plus historiques lorsqu’il s’agit de fantasy. Et c'est ça qui va donner le réalisme au récit et faire que le lecteur ait l’impression que tout est vrai le temps de la lecture."

Victor Dixen nous confie qu'il écrit beaucoup la nuit, à partir de 4h généralement jusqu'à 8h environ, car il dort très peu. Il consacre le reste de sa journée à d'autres tâches et reviens en fin de journée sur ce qu'il a écrit le matin.

Il utilise souvent les tarots et nous explique que les tirages montrent le champ des possibles et des chemins auxquels il n'aurait pas forcément pensé.

Victor Dixen et la musique en phase d’écriture : en écoute-t-il ?

"Alors non, pas vraiment, ou tout du moins avec beaucoup de parcimonie. J’aime beaucoup le silence pour l’écriture, j’écris beaucoup la nuit. Le silence de la nuit et l’obscurité m’inspirent beaucoup car l’imagination peut se déployer sans aucune limite, rien ne vient me distraire de l’histoire que j’imagine et qui est plus vraie que vraie à ce moment-là. Ceci dit j’utilise parfois la musique comme un outil lorsque je veux me plonger dans une ambiance ou un sentiment particulier pour écrire une scène bien précise."


Réflexion sur la littérature jeunesse

"En France, on a eu tendance par le passé, et heureusement ça évolue, à mettre la littérature dite blanche, contemporaine, sur un piédestal par rapport à tous les autres genres que ce soit la littérature jeunesse ou bien la littérature de genre : le fantastique, le polar, la science-fiction… Cette scission, cette dichotomie on l’a beaucoup moins dans le monde anglo-saxon, anglophone. Pour seulement parler de la littérature jeunesse, des auteurs, comme Charles Dickens ou Lewis Carroll, sont considérés comme des auteurs majeurs au même titre que Shakespeare en Angleterre. Et on devrait avoir en France, je pense, la même considération car dans notre histoire littéraire, on a Jules Verne qui est un des pères mondiaux de la science-fiction. Heureusement aujourd’hui les prescripteurs, notamment les journalistes s’intéressent de plus en plus à la littérature de genre et à la littérature jeunesse. Je crois que les barrières s’ouvrent, que beaucoup d’adultes lisent aussi de la littérature dite jeunesse car on y trouve, et c’est ce que me disent les lecteurs adultes en festival, un souffle d’aventure et un imaginaire qui parfois fait défaut à la littérature adulte. Et ça, c’est très satisfaisant pour un auteur."


Pourquoi des héroïnes et non des héros ?

Dans la plupart de ses romans, Victor Dixen met en scène des personnages féminins forts : Léonor dans la saga Phobos, Roxane dans Cogito, Astréa dans Extincta et Jeanne dans Vampyria.

"C’est une question qu’on me pose assez souvent, c’est assez mystérieux le choix d’un personnage, surtout le personnage principal. Ça s’impose à moi de manière instinctive, par rapport à l’histoire. Il y a certains aspects que je réfléchis beaucoup de manière cérébrale, notamment le cadre et l’intrigue mais les personnages c’est instinctif. Ça permet de sortir de sa peau, de devenir un autre et parfois devenir une autre. Ça permet de se projeter encore plus dans la fiction, c’est ce que disait très bien Flaubert en disant Madame Bovary c’est moi, il était Madame Bovary le temps de l’écriture. Donc c’est la raison pour laquelle j’ai beaucoup d’héroïnes comme personnages principaux."


Publié le 29 mai 2019
Editions Robert Laffont (R)

Cogito
 
 
Résumé : Roxane décroche miraculeusement une place tout frais payé pour un stage de programmation neuronale et ainsi obtenir le Brevet d'Accès aux Corporations.

Pour les vacances de printemps, Roxane s'envole donc pour les îles Fortunées, un archipel tropical futuriste entièrement dédié au cyber-bachotage. Mais cette méthode expérimentale qui utilise l'intelligence artificielle pour " améliorer " la substance même de l'esprit humain est-elle vraiment sûre ?

En offrant son cerveau à la science, Roxane a-t-elle vendu son âme au diable ?


"Cogito est peut-être mon roman le plus cérébral, du fait du sujet, l’Intelligence Artificielle qui est complexe.

J'ai fait beaucoup de recherches, l’intelligence artificielle est un sujet qui me paraissait très nébuleux, c’est très complexe. Et dès lors la fiction, pour moi, c’est un moyen de mieux comprendre avant de me faire un avis. Très souvent j’ai un personnage qui est un peu en dehors et qui va découvrir ça.

C’était un vrai pari, je voulais que l’histoire soit au premier plan, certes il y a plein de connaissances qui passent mais il s’agissait avant tout que ce soit une histoire qui emporte le lecteur, de la première à la dernière page, grâce au personnage de Roxanne qui est très vivant et qu’on suit dans ce séjour aux Îles Fortunées. 

Je me suis rendu compte que l’intelligence artificielle est déjà en train de transformer nos sociétés à travers la robotisation, l’automatisation d’énormément de tâches. On est à l’aube d’une 4e révolution industrielle, celle de l’intelligence artificielle mais j’ai découvert dans mes recherches qu’elle allait être complètement différente. D’une ampleur supérieure à toutes celles qui ont précédé, car toutes les tâches sont susceptibles d’être automatisées et remplacées par des machines. Toutes les tâches cognitives sont susceptibles d’être faites par des machines, ce qui n’était pas le cas de l’automatisation dans le passé. Et je pense même aux tâches artistiques, aujourd’hui il y a des romans qui sont écrits par des intelligences artificielles. Ça va poser un vrai défi au créateur, on va être en concurrence direct avec des machines et des robots qui vont sans doute écrire des romans basés sur des algorithmes pour plaire aux goûts des lecteurs, ce qui est aussi dangereux. On va fournir aux lecteurs ce qu’ils attendent et ils ne vont jamais sortir de leur zone de confort. Or la littérature c’est aussi créer des chocs, sortir les gens de ce qu’ils connaissent."


Publié le 28 novembre 2019
Editions Robert Laffont (R)

 
Extincta


Résumé : L'espèce humaine disparaîtra dans 255 heures. Les pires prédictions climatiques se sont réalisées, le Grand Effondrement a eu lieu et presque toutes les espèces animales se sont éteintes. Les Derniers Humains se sont réfugiés dans les Dernières Terres : un archipel rocailleux surgi des glaces, où ils survivent dans des cités-royaumes éparses. Accaparés par la lutte pour les maigres ressources, ils ignorent que l'ultime cataclysme est sur le point de balayer ce qu'il reste de l'espèce Homo sapiens.


"Extincta, c’est l’autre grand défi de notre futur, celui dont on a beaucoup plus conscience, plus encore que l’intelligence artificielle. J’ai utilisé les ressources de la science-fiction pour me projeter encore plus loin vu qu’il s’agit de la crise écologique que nous connaissons. Et puis, l’effondrement écologique, vous devez connaître les collapsologues, comme on les appelle qui se basent sur des modèles, sur la 6° extinction massive des espèces et imaginent un effondrement de la sphère écologique, qui est malheureusement un scénario possible.

La science-fiction me permet de me projeter beaucoup plus loin, dans plusieurs siècles, pour imaginer un monde où presque toutes les espèces animales auraient disparues, il reste les humains. J’ai essayé d’inventer l’extinction de l’espèce humaine. Donc ça peut paraître très noir comme ça mais c’est un roman de fin du monde. Mais ce que j’ai découvert en écrivant, c’est qu’il reste toujours une lueur d’espoir et il reste toujours la poésie. Finalement quand on a tout perdu, il nous reste cette émotion très humaine qui pour moi s’exprime par la poésie. Et assez naturellement, j’ai invité les poètes dans Extincta, notamment Baudelaire et Emily Dickinson qui viennent jalonner cette course vers la fin du monde. J’ai aussi pensé à Barjavel, Le voyageur imprudent et La nuit des temps, des romans qui m’ont beaucoup marqué adolescents. C’est un peu une tragédie grecque que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire et qui m’a permis de me projeter dans ce futur apocalyptique. Mais la science-fiction nous renvoie toujours au présent et j’ai aussi réalisé qu’aujourd’hui nous avons les moyens d’éviter que le monde d’Extincta arrive."


Dans la seconde partie, je me concentrerai sur la saga Phobos.

5 commentaires :

  1. Wouah super article sur Victor Dixen quelle chance de l'avoir rencontrer. En tout cas ton article est vraiment TOP. Pour ma part je n'ai lu que la saga vampyria que j'adore d'ailleurs. J'ai hâte d'avoir le tome 3 😍. Sinon est ce que tu parlera aussi de la saga vampyria ou pas ? En tout cas je te souhaite bonne continuation et de belles lectures pour juillet.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire. C'était la première fois qu'il venait à Toulouse, j'étais super contente de pouvoir participer. Je n'ai pas encore lu le tome 2 de Vampyria, c'est prévu pour bientôt. Je parlerai de Vampyria et de tout ce qu'il nous a dit dessus dans la troisième partie ^^ Peut être que mon article sur Phobos te donnera envie de découvrir la saga :)
      Encore merci d'avoir pris le temps de laisser un commentaire, ça fait chaud au coeur, j'ai mis des heures à faire la retranscription puis l'article et le second ^^ Je vais m'atteler à la dernière partie consacrée à Vampyria.
      Plein de belles lectures toi aussi et à bientôt :D

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    2. ah super j'ai hâte de voir ta dernière partie ! Et phobos je sais pas pourquoi mais ça me tente pas du tout et pourtant j'en attend que du bien !😉 Alors faudrait que j'arrive à les lire !

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  2. Ça a dû être un bon moment, tu as eu bien de la chance de rencontrer ce monsieur ! J'ai adoré extincta mais pas trop cogito par contre, j'ai bien saisi la thématique mais moins accroché. J'ai géré de me mettre à vampyria

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    1. C'était vraiment trop chouette !

      Extincta est dans ma PAL de cette année, j'avais vraiment bien aimé Cogito.

      Merci pour tes commentaires twinny ♥

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Merci pour ton commentaire, à très bientôt pour le prochain article :)